Edition du Samedi 20 janvier 2006

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GUINEE - Des affrontements font 3 morts, poursuite de la grève générale : Lansana Conté face à son défi le plus important

Des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre à Conakry et dans certaines villes de l’intérieur de la Guinée ,ont fait trois morts et de nombreux blessés. Le pouvoir du président Conté est plus que jamais sous pression.

La grève générale en Guinée constitue l’un des plus importants défis au pouvoir, vieux de 23 ans, du président Lansana Conté et menace de plonger le pays dans un chaos politique, en raison de l’impatience des candidats à la succession du dirigeant à la santé défaillante, préviennent observateurs et diplomates. Les représentants syndicaux ont lancé ce mouvement de grève, qui est dans son dixième jour, hier, pour dénoncer l’incapacité de Conté à diriger le pays. Ils invitent le dirigeant septuagénaire, reclus et diabétique, à passer la main. Les affrontements entre forces de l’ordre et manifestants dans plusieurs villes de Guinée, pays producteur de bauxite, ont fait au moins trois morts. «Le peuple n’acceptera ni des négociations, ni un compromis avec Conté, ni une révolution de palais par les généraux», prévient un pamphlet circulant sous le manteau dans les rues largement désertes de Conakry. «Le peuple guinéen souhaite seulement une victoire totale: la fin du régime et un gouvernement provisoire d’unité nationale», ajoute cette feuille intitulée «L’œil du peuple». La police anti-émeute armées de lance-grenades lacrymogènes et des militaires circulant dans des véhicules banalisés patrouillent dans la capitale guinéenne pour faire respecter une interdiction de rassemblement, visant à mettre fin au troisième mouvement de grève de ce type en un an en Guinée. D’après des témoins, la police a ouvert le feu jeudi, dans au moins un quartier de Conakry, pour disperser un rassemblement de jeunes gens non armés, avant de procéder à des fouilles d’habitations, à la recherche de fauteurs de troubles potentiels. Des troubles ont été signalés dans une dizaine de villes, a rapporté un diplomate installé dans la capitale. Selon lui, un manifestant a été tué par balles jeudi à Mamou, à environ 200 km à l’est de Conakry.

«PAS NECESSAIRE D’ATTENDRE SA MORT»

«La grève peut assurément déboucher sur un changement de pouvoir dans un avenir immédiat et elle semble déjà se transformer en révolte populaire à Labé, Pita et potentiellement dans les faubourgs de l’est de Conakry», remarque Mike Mc Govern, spécialiste de l’Afrique de l’Ouest à l’Université de Yale aux Etats-Unis. «Si d’autres villes de l’intérieur comme Kankan, Guekedou et N’Zerekore suivent le mouvement, l’équilibre du pouvoir aura commencé à basculer de manière assez spectaculaire», a dit cet expert à Reuters. En raison de l’absence de successeur évident et des divisions au sein de l’armée, la santé déclinante de Conté alimente depuis longtemps les craintes d’une violente lutte de succession dans l’ancienne colonie française.

Les représentants syndicaux jugent Conté trop atteint et incohérent pour gouverner. Ils citent en exemple les multiples remaniements gouvernementaux ou son intervention pour libérer de prison deux anciens alliés accusés de corruption. Les rumeurs sur son imminente disparition se sont toutefois toujours avérées fausses, ce qui aiguise l’impatience des clans au sein même des cercles du pouvoir bataillant pour la succession, rappellent les observateurs. «Certains des problèmes actuels proviennent du fait que Conté s’est trouvé en relativement bonne santé ces derniers mois et qu’il est intervenu dans les affaires», ajoute le diplomate en poste à Conakry. «Avant, les gens pensaient (...) que Conté continuerait aussi longtemps que possible et que sa famille le pousserait à s’accrocher (...). Désormais, il est quasiment envisageable que, d’une manière ou d’une autre, il sera marginalisé et qu’il ne sera pas nécessaire d’attendre sa mort», poursuit ce diplomate.

Le déroulement de la transition dépendra en grande partie de l’armée, dont les officiers les plus gradés appartiennent à la génération des fidèles de Conté, mais dont les rangs comptent également de jeunes officiers avides de changement, prévient-il. «Même si l’armée est restée particulièrement fidèle au Président jusqu’à présent, les officiers chercheront essentiellement à assurer leur propre survie», confirme Mc Govern. «Quelles que soient leurs promesses de fidélité au Président, il y a théoriquement un point au-delà duquel, ils auront davantage à perdre en lui restant fidèles, qu’en l’abandonnant», ajoute cet universitaire.

Reuters -

 

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